La mythologie

La mythologie grecque présente plusieurs aspects: système d'explication du monde, elle fait intervenir l'épopée, où les héros, intermédiaires entre les dieux et les hommes, doivent sans cesse affirmer leur valeur; liée à l'histoire, elle permet aux Grecs d'expliquer l'origine de leurs cités.

La mythologie romaine, elle, emprunte ses conceptions religieuses et culturelles à tous les pays du Bassin méditerranéen, et unit son destin à celui de l'Etat. Les grandes religions contemporaines prétendent à l'universalité, valables pour des peuples de cultures différentes. En Grèce au contraire, comme chez de nombreux peuples antiques et polythéistes, la religion est liée à l'histoire et consubstantielle à la culture.  

Pour les Grecs de l'Antiquité, religion et mythologie étaient intimement liées. C'est d'ailleurs surtout par les mythes, tels que nous les rapportent Homère et les auteurs classiques, que la religion grecque nous est connue. Les dieux du panthéon grec, empruntés pour la plupart aux cultures des peuples conquis par les Grecs, ont une forme humaine et des personnalités très marquées, mais beaucoup nous sont mieux connus aujourd'hui sous le nom que leur ont donné les Romains : Jupiter et Zeus, par exemple, ou Mars et Arès, Vénus et Aphrodite. Entre le moment de ses origines, en dehors de la Grèce, et jusqu'à la rencontre avec le christianisme, l'histoire de la religion grecque couvre une période d'environ deux mille ans.  

Les textes qui nous en rapportent les récits, souvent mal raccordés, comportent un grand nombre de variantes, exprimant parfois des vérités différentes, assimilant des éléments populaires, folkloriques ou géographiques. Les sources sont très diverses, des poèmes homériques aux œuvres d'Hésiode (VIIIe  siècle av. J.-C.) et de Pindare (Ve  siècle av. J.-C.). Les tragédies d' Eschyle, de Sophocle et d' Euripide les reprennent, suivies par les dialogues de Platon, qui met en scène Socrate tentant de convaincre ses disciples en invoquant les mythes. Les historiens ne seront pas en reste, comme en témoignent, entre autres, Hérodote, Strabon, Plutarque ou Pausanias.  
Thèmes associés

Cosmogonie et théogonie

C'est dans le poème d'Hésiode Théogonie que les origines de l'Univers sont évoquées d'une manière qui devait devenir la tradition la plus courante. 

Du Chaos à la naissance de Zeus
Au commencement est le Chaos, une crevasse ténébreuse, vide, indescriptible, d'où émergent Gaia, la Terre, et Eros, l'Amour, «le plus beau des dieux immortels, lui qui affaiblit les membres, dompte en tout dieu et en tout homme l'intelligence et la volonté prudente». Du Chaos naissent aussi la Nuit d'en haut et Erèbe, l'obscurité des Enfers. Puis Erèbe et la Nuit, s'unissant l'un à l'autre, engendrent le Jour, qui éclaire les mortels, et Ether, la lumière. Quant à Gaia, la Terre, elle enfante Ouranos, le Ciel étoilé, puis les montagnes et Pontos, le flot marin, créature masculine. Elle s'unit ensuite à Ouranos pour donner le jour à douze Titans, personnages gigantesques, êtres divins mais surtout forces élémentaires, dont Cronos et Rhéa, parents des futurs Olympiens, sont les plus célèbres.

Parmi les autres Titans figure Océan, qui entoure le Monde sur lequel flotte la Terre, plate comme un disque. Océan est aussi le père de tous les fleuves. Gaia et Ouranos engendrent encore les Cyclopes, bâtisseurs de murs colossaux, dont les noms évoquent la lueur de l'éclair, le choc de la foudre et le fracas du tonnerre. Enfin, ils mettent au monde les Hécatonchires, monstres aux cent bras et aux cinquante têtes. Mais Ouranos, craignant que l'un de ses fils ne veuille prendre sa place, les contraint tous à demeurer dans les profondeurs de la Terre. Celle-ci, de plus en plus pesante, implore ses enfants de la délivrer et de se venger de leur père. Elle crée une faucille d'acier dont seul Cronos accepte de s'emparer. Et, au moment où le Ciel enveloppe la Terre, il tranche d'un coup les testicules de son père. Le sang de la blessure tombant sur la Terre va engendrer de nouveaux monstres, les Erinyes, déesses ailées aux cheveux entremêlés de serpents, les Géants et les Méliades, nymphes des frênes.  

Cronos reste seul à régner sur le monde, car il s'est empressé de plonger ses frères et sœurs dans l'Enfer. Quant aux enfants que lui donne sa femme Rhéa, il les dévore dès leur naissance: ainsi d'Hestia, de Déméter, d'Héra, puis d'Hadès et de Poséidon. Lorsque Zeus est sur le point de naître, Rhéa s'enfuit secrètement vers la Crète, où elle met l'enfant au monde. Et, donnant à une pierre l'aspect d'un nouveau-né, elle la présente à Cronos qui l'avale sans difficulté. Le petit Zeus grandit en buvant le lait de la chèvre Amalthée.  

Zeus, maître de l'Olympe
Parvenu à l'âge adulte, Zeus fait absorber à Cronos une drogue émétique qui lui fait restituer ses enfants. Puis il délivre les Cyclopes et les Hécatonchires du Tartare - l'Enfer -, et tous s'unissent dans une guerre sans merci, «la Titanomachie», contre Cronos. Cronos et les Titans sont à leur tour jetés dans le Tartare. Mais Gaia, mécontente du sort réservé aux Titans, fait appel aux Géants qui se mettent à brandir des arbres enflammés et d'énormes rochers. Les Olympiens interviennent alors avec leurs propres armes: Zeus saisit la foudre, Athéna l'égide et la lance, Dionysos brandit le thyrse (long bâton décoré de feuilles de vigne et de lierre, se terminant par une pomme de pin). Héraclès lance ses flèches, et tous concourent à une seconde victoire.  

Gaia fait alors une dernière tentative, et, s'unissant au Tartare, met au monde Typhon, un monstre plus imposant que les Géants, dont la tête touche les étoiles et qui possède à la place des doigts cent têtes de dragon. Les épisodes du combat se déroulent dans le monde entier jusqu'au moment où Zeus, à l'aide du tonnerre et de la foudre, écrase son adversaire sous l'Etna, en Sicile. Désormais, l'autorité de Zeus est assurée et les Olympiens peuvent se partager le pouvoir.  
 
La création des hommes
Selon les deux versions les plus courantes, la création de l'homme est attribuée soit aux dieux, soit à Prométhée, un des fils du Titan Japet, qui, avec de l'argile, façonne la race humaine. 

Prométhée
Prométhée est surtout connu comme le bienfaiteur des hommes, car il entreprend à deux reprises de tromper les dieux. Afin de décider quelle sera la nourriture des dieux et celle des hommes, il sacrifie un bœuf qu'il partage en deux parts inégales: d'un côté, il place la chair et les entrailles, cachées sous la peau peu appétissante de l'animal, de l'autre, les os, recouverts d'une épaisse couche de graisse de belle apparence. Puis il demande à son cousin Zeus de choisir sa part. Celui-ci se laisse tenter par la graisse blanche, mais quand il s'aperçoit qu'elle ne recouvre que des os, il est pris d'une fureur terrible contre Prométhée et les mortels. Pour les punir, il leur refuse le feu leur permettant de cuire la chair savoureuse qui leur a été attribuée. Prométhée monte alors au ciel et dérobe aux dieux des semences de feu qu'il cache dans une tige de fenouil. Cette fois, la vengeance de Zeus sera à la mesure de la faute commise: Prométhée sera enchaîné au sommet du Caucase où chaque jour un aigle viendra lui dévorer le foie, toujours renaissant. Le supplice aurait été sans fin si Héraclès n'avait abattu l'aigle et délivré Prométhée de ses liens.  

Pandore
Puis Zeus entreprend d'inventer un «beau mal (...), terrible fléau installé au milieu des hommes mortels», selon Hésiode. Il demande à Héphaïstos de créer un être inconnu, une femme - la première -, que les dieux orneront chacun d'une qualité (sauf Hermès qui lui fait présent du mensonge), et qui reçoit pour nom Pandore, «don de tous les dieux». Zeus l'offre à Epiméthée, frère de Prométhée, à qui celui-ci a demandé de n'accepter aucun cadeau de Zeus. Mais Epiméthée, dont le nom signifie «qui a réfléchi trop tard», ne peut résister à l'attrait de Pandore. Celle-ci, dévorée de curiosité pour une jarre mystérieuse qui doit rester fermée, soulève le couvercle, laissant échapper tous les maux dont souffre depuis l'humanité. Ne demeure au fond de la jarre que l'espérance, la seule consolation (illusoire?) accordée aux humains. 

Un déluge de neuf jours et neuf nuits
Une génération plus tard, la Terre est peuplée d'hommes, race de bronze, qui délaissent les dieux et pratiquent la guerre. Zeus décide alors de les exterminer et déchaîne un déluge, qui épargnera seulement deux justes, Deucalion, fils de Prométhée, et Pyrrha, fille d'Epiméthée et de Pandore. Il pleut pendant neuf jours et neuf nuits: de la Terre noyée n'émerge que le mont Parnasse. Lorsque Zeus ordonne aux eaux de se retirer, Deucalion et Pyrrha sont seuls dans leur barque sur la terre déserte. Une voix se manifeste, leur ordonnant de jeter par-dessus leurs épaules les os de leurs mères. D'abord effrayés par une telle impiété, ils comprennent qu'il s'agit de pierres, les os de la Terre, mère universelle. Les pierres que lance Deucalion deviennent des hommes, celles jetées par Pyrrha des femmes. La Terre est ainsi repeuplée par les ancêtres des peuples grecs, les races dorienne et éolienne, les Achéens et les Ioniens, la mythologie rejoignant l'histoire. Les Olympiens peuvent enfin régner sur le monde.

Le cycle des Olympiens
Lorsque les Olympiens succèdent aux Titans, trois d'entre eux se partagent l'univers après tirage au sort. Zeus obtient le ciel, Poséidon la mer, et Hadès le monde souterrain. Ils séjournent sur l'Olympe, gardé par les Saisons, où ils connaissent une félicité parfaite, alternant banquets et assemblées, se gorgeant de nectar et d'ambroisie au son de la lyre d'Apollon.