Histoire
A partir du VII e  s. av. J.-C., la ville dut son importance à l'oracle d'Apollon, qui se manifestait par l'intermédiaire de la Pythie: cette femme, assise sur un trépied installé au-dessus d'une crevasse d'où sortaient des vapeurs, rendait des oracles en termes incohérents; les prédictions étaient ensuite «interprétées» par des prêtres et présentées sous la forme de conseils. Les chefs d'Etat comme les simples particuliers consultaient l'oracle, qui joua un rôle important dans les orientations politiques des cités grecques et de leurs colonies, dont il semble avoir favorisé l'expansion. Les jeux Pythiques, célébrés tous les quatre ans, combinaient les épreuves athlétiques et les concours musicaux. Delphes, qui était le siège d'une importante amphictyonie, vit son influence diminuer au IV e  s. à la suite des guerres sacrées. Attaqué par les Celtes en 279 av. J.-C., dépouillé ensuite par Sylla, Néron et les empereurs chrétiens, le sanctuaire ne joua plus guère de rôle sous la domination romaine.

Archéologie
Delphes est l'un des plus importants centres archéologiques de la Grèce. L'exploration du site commença en 1838 avec l'architecte français Laurent; elle fut reprise par les Allemands Müller et Curtius. Les fouilles systématiques furent entreprises par l'Ecole française d'Athènes, à partir de 1892 sous la direction de Théophile Homolle. Considéré comme le nombril de la Terre et le centre de l'Univers, ce fut, parmi les lieux sacrés, le plus prestigieux et le plus rayonnant du monde hellénique. 

Les origines du culte remontaient au moins à l'époque mycénienne, et Apollon, dieu olympien, ne put s'y établir qu'après avoir tué le dragon Python, souvenir d'une ancienne divinité chthonienne, préhellénique. Accrochée sur les flancs du Parnasse, dans un site d'une grande beauté, la zone cultuelle comprenait le sanctuaire principal d'Apollon Pythien et, en avant de celui-ci, le sanctuaire d'Athéna Pronaia (la «gardienne du temple»), au lieu-dit Marmaria (environ 1,5 km). Ce sanctuaire comportait plusieurs monuments: l'ancien (VI e  s. av. J.-C.) et le nouveau temple d'Athéna (IV e  s.), la célèbre tholos en marbre (rotonde avec péristyle dorique à vingt colonnes, dont trois ont été remontées), belle construction classique (début IV e  s.), et deux trésors, dont celui de Marseille, de style ionique (VI e  s.). Près de Marmaria se trouvait le gymnase (IV e  s.), avec sa piste et sa palestre; entre les deux sanctuaires, la fontaine Castalie, aménagée dans la gorge des Phédriades. Le sanctuaire d'Apollon était entouré d'une enceinte (VI e et IV e  s.), de forme quasi rectangulaire. L'entrée principale, au sud-est, donnait accès à la Voie sacrée, qui décrivait deux virages avant d'atteindre le temple. 

De part et d'autre de ce cheminement s'entassaient des trésors, des édifices commémoratifs, des ex-voto, des offrandes (statues, objets en marbre, en bronze, en or, isolés, dressés sur des colonnes ou des piliers, ou alignés sur des bases). Parmi les monuments les plus célèbres, les trésors archaïques (fin VI e  s.) de Siphnos et de Sicyone, sur le premier tronçon, et après le premier virage, au «carrefour des Trésors», le fameux trésor des Athéniens, aujourd'hui reconstitué, construit après la victoire de Marathon (490). En face, le trésor des Cnidiens et la rue conduisant au trésor de Cyrène, tous deux du IV e  s.  

A côté du trésor des Athéniens, le bouleutérion et, derrière, le sanctuaire de la Terre et le rocher de la Sibylle (témoins de cultes primitifs). Après la «place de l'Aire», circulaire, la Voie sacrée contourne l'angle sud-est de la terrasse du temple. Contre le mur de soutènement, magnifique construction en appareil polygonal (VIe s.) couvert de plus de 800 inscriptions (actes d'affranchissement, II e  s. av.-I er  s. apr. J.-C.), s'appuyait le portique des Athéniens, édifié après les guerres médiques, pour abriter les trophées pris aux Perses. La Voie sacrée grimpait ensuite jusqu'au «carrefour des Trépieds», où s'élevaient le trépied de Platées, en or (victoire sur les Perses, 479), et la série des offrandes des tyrans de Syracuse. Face à l'entrée du temple subsistent encore les ruines de l'autel construit par les Chiotes (début V e  s.).  

Le temple d'Apollon, dont on voit quelques colonnes, est celui du IV e  s. qui remplaça le célèbre temple des Alcméonides de la fin du VI e  s. Il abritait la salle de l'omphalos, où officiait la Pythie. Derrière la terrasse du temple, on peut accéder par un escalier au théâtre, encore bien conservé (IV e  s.), qui pouvait contenir environ 5'000 personnes, et qui forme l'angle nord-ouest du sanctuaire. Dans la partie nord-est se trouvaient plusieurs petits sanctuaires et la lesché des Cnidiens (v. 450), renommée pour les peintures de Polygnote qui ornaient ses parois. En sortant de l'enceinte par la porte du théâtre, on atteint, sur la hauteur, le stade, l'un des mieux conservés de la Grèce (IV e  s.). Il pouvait accueillir jusqu'à 7'000 spectateurs.  
 
Le musée de Delphes
Le musée de Delphes est l'un des plus intéressants de Grèce. Il offre de nombreux chefs-d'œuvre, particulièrement dans le domaine plastique: les frontons du temple des Alcméonides, la décoration des trésors de Siphnos, de Sicyone et de Cnide, les métopes du trésor des Athéniens et, pour la statuaire, le groupe archaïque de Cléobis et Biton, le fascinant aurige en bronze (v. 470), la belle colonne aux acanthes (v. 330), le sphinx ailé des Naxiens (milieu du VI e  s.), le groupe de Daochos (336-332), et le célèbre Antinoüs en marbre (II e  s. apr. J.-C.).